Laboratoires et Mises en lecture

"PROJET COMPASSION" [titre provisoire]

Inspiré par le processus d’Ik Onkar, Jean Stéphane Roy a décidé de renouveler la formule: s’entourer de deux jeunes artistes pour la création d’un nouveau spectacle pour ados, soit Dillon Orr et Marie-Pierre Proulx.

Le thème

Au départ, l'idée était de faire un spectacle sur le thème de l'intimidation. Or, plus la réflexion avançait et plus une question s’imposait: faut-il combattre le feu par le feu? Le risque était ainsi de créer un spectacle moraliste ou pire, une pièce à thèse. Puis un jour, Jean Stéphane Roy découvre, la Charte de la Compassion créée par Karen Armstrong. Il n’en fallait pas plus pour commencer cette création, dont le sujet ne serait ainsi plus l’intimidation mais l’exploration de l’envers de la médaille: la compassion! Par contre, le but du "Projet Compassion" n’est aucunement de faire la promotion de la Charte mais plutôt de s’en inspirer pour créer un spectacle qui questionne la notion du « vivre ensemble ».

Le processus

Depuis la fin du printemps 2015, le trio de créateurs met sur pied les bases du contenu et du contenant du projet de création. Au départ, Jean Stéphane Roy, Dillon Orr et Marie-Pierre Proulx se sont rencontrés ponctuellement afin de de fouiller dans plusieurs thèmes relié de prêt ou de loin à la compassion: textes religieux ou philosophiques, recherches scientifiques, etc. Plus le processus avance et plus ce tourbillon d’idée se dirige vers la création d’un synopsis de base. À l'hiver 2015-2016, des rencontres ont eu lieu avec des ados de différentes écoles de la région d'Ottawa afin de confronter les artistes et leurs idées aux jeunes et à leur vision de la compassion. Au printemps 2016, quelques comédiens seront intégrés à l’équipe afin d’explorer la matière théâtrale du contenu et de créer les bases du contenant.

À suivre…

 

Artiste visuel de la saison

Guillermo Trejo (Photo: Kristina Corre)

Guillermo Trejo : le croisement des cultures


Mateuzs Odrobny
, Benjamin Rodger, Kasandra Tremblay et désormais Guillermo Trejo. Sans le vouloir, les artistes de saison de la Catapulte reflètent la diversité culturelle du Canada. Pour le Catalyseur, Sylvain Sabatié a profité d'une journée pluvieuse pour rencontrer Guillermo autour d'un café.

Guillermo Trejo est Mexicain. Il est né à Mexico il y a un peu plus de 30 ans. Il grandit à Morelia, une ville « à peu près comme Ottawa, avec environ 1 million d’habitants, située à 4 heures à l’ouest de Mexico. Ce n’est pas une ville très culturelle. » Il vient d’un milieu plutôt intellectuel, mais pas artistique : « Ma mère enseigne les neurosciences à l’université. Mon père est médecin. » Pour toutes ces raisons, l’ado Guillermo ne pense pas devenir artiste. « Je savais que je ne voulais pas avoir un métier ‘normal’, comme avocat ou docteur. Mais je n’avais aucune idée vers quoi m’orienter. » Il décide toutefois de suivre le cours d’art qu’offre son école secondaire. « Je dois beaucoup à mon enseignant, Fernando Garcia. Sans doute a-t-il vu un certain talent en moi, et il m’a encouragé à aller étudier à Mexico, à l’École Nationale de Peinture, de Sculpture et de Gravure [Escuela Nacional de Pintura Escultura y Grabado]. » Guillermo envoie alors sa candidature à l’école. Celle-ci sera acceptée. « Je n’étais pas sûr d’où ça pourrait me mener mais, comme au Mexique l’université est quasiment gratuite, je n’avais pas grand-chose à perdre. Je me disais que je pourrais toujours retourner à Morelia pour trouver un travail quelconque. »

Durant sa formation, il découvre la gravure (ou « printmaking »), technique pour laquelle il a un véritable coup de foudre. C’est cette technique qu’il utilise encore le plus souvent et c’est avec celle-ci qu’il a réalisé les affiches de la Catapulte.

Durant ses études à Mexico, il rencontre Justine, Canadienne originaire de Vancouver qui travaille en développement international. Celle qui deviendra sa femme en 2010 décide de retourner au Canada, à Ottawa plus précisément, afin d’étudier à l’Université Carleton. Elle lui propose de l’accompagner. « Comme je venais de terminer mes études et que je n’avais rien de vraiment planifié dans ma vie, j’ai décidé de la suivre. Mais je ne prévoyais pas de nécessairement rester au Canada à ce moment-là. » Le voilà donc qui débarque à Ottawa. Nous sommes en 2008 et Guillermo a 24 ans.

En 2009, en parallèle des divers petits emplois qui l’occupent et lui permettent de joindre les deux bouts, il commence à faire du bénévolat à l’École d’Art d’Ottawa (pour laquelle il travaille toujours aujourd’hui). Cette expérience lui permet de mettre un pied dans la communauté artistique d’Ottawa.

Quand, cette même année, il obtient sa résidence permanente, il décide de s’inscrire à l’Université d’Ottawa afin de suivre une maîtrise en art visuel, qu’il obtient en 2012. Tranquillement, ça devient clair dans sa tête : il deviendra artiste. « Être au Canada me fermait la porte de retourner dans ma ville natale et de trouver un travail ‘normal’. Ici, il me fallait assumer le fait de vouloir être un artiste. »

De plus, être loin de son pays natal lui a permis d’avoir un regard nouveau sur sa culture : « J’ai redécouvert des artistes et des courants qu’au Mexique on qualifiait d’arriérés et de dépassés. Ce recul m’a permis de réaliser que ces œuvres et ces techniques étaient toujours pertinentes ! » Cela lui offre aussi une certaine liberté pour commenter, à travers son œuvre, la réalité politique que traverse son pays, notamment durant la présidence de Felipe Calderón : « Il appartient à la droite catholique, conservatrice et répressive. Bien qu’il ne soit pas du tout militaire, il n’était pas rare de le voir habillé en uniforme de l’armée… » Ça situe le personnage… « Calderón pouvait envoyer l’armée en force dans des petits villages où on faisait pousser de la marijuana. Oui, c’est illégal, mais de telles démonstrations de forces sont-elles vraiment nécessaires ? C’est cette situation, en plus du mouvement ‘Occupy’, qui m’a poussé à faire de l’art plus politique, c’est-à-dire de l’art qui n’est pas que beau. » Ainsi, une grande part de son travail, que l’on peut découvrir sur son site Internet, reflète son positionnement. On retrouve sur ses œuvres, outre des citations de Camus ou Nietzsche, des slogans tels que « Presidente de la violencia », « Fuck the police », « Égalité pour tous ! » ou « Viva la revolución ». Quant à savoir s’il se sent plus libre au Canada qu’au Mexique, celui qui cite comme influence Francisco de Goya, Leopoldo Mendez, Emory Douglas ou encore Banksy avoue se sentir moins libre aujourd’hui qu’il y a trois ans…

En 2013, alors en voyage à Cleveland où il est professeur invité à la Kent State University, Guillermo ressent soudain le besoin de faire de l’art apolitique et plus abstrait, par définition plus universel. « Je voulais utiliser l’abstrait pour créer quelque chose de plus international, pour lequel le background culturel ne joue pas de rôle. C’est aussi une approche plus organique. » Mais il ne désire pas pour autant délaisser l’art politique, « mais à ne faire que ça, on court le risque de sombrer dans le cynisme et le pessimisme. »

Le futur de Guillermo, dont le rêve est d’ouvrir un studio de gravure sur linoléum, s’annonce assez excitant : en octobre prochain, il exposera pour la première fois au Mexique, et en février 2015, à Vancouver.

Finalement, le parcours atypique de Guillermo peut être une illustration de cette citation de Nietzsche que l’on retrouve dans une de ses œuvres : « You have your way. I have my way. As for the right way, the correct way, and the only way, it does not exist »…

Sylvain Sabatié, juin 2014

Site internet de Guillermo: www.trejoguillermo.com

 

Photos